Assassinat du “Lumumba burundais”: le rôle de la Belgique

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Assassinat du “Lumumba burundais” : des documents accablants sur le rôle de la Belgique

9 janvier 2013 

Plus d’un demi-siècle après l’assassinat du prince Rwagasore, héros de l’indépendance du Burundi, des documents découverts à Londres éclairent le rôle de la Belgique dans ce meurtre.

Le soir du 13 octobre 1961, Louis Rwagasore, héros de l’indépendance burundaise et Premier ministre depuis deux semaines, est assassiné à Bujumbura. Jean Kageorgis, le jeune Grec qui a tiré sur le prince, est un tueur à gages recruté par des dirigeants du PDC, le parti démocrate-chrétien burundais soutenu par les intérêts belges. Condamné à mort par le justice belge, Kageorgis est exécuté le 30 juin 1962, veille de l’indépendance. Condamnés à des peines de prison, les autres comploteurs, quatre dirigeants du PDC et un commerçant grec, sont rejugés par la justice burundaise et pendus le 15 janvier 1963 au stade de Gitega, devant 10 000 personnes.

Aucune suite n’a été donnée aux témoignages qui aurait pu conduire à une mise en cause de la tutelle belge dans l’assassinat du « Lumumba burundais ». Cinquante ans plus tard, le sociologue flamand Ludo De Witte a retrouvé dans les Archives nationales britanniques des documents qui éclairent les responsabilités belges. Le chercheur nous a accordé la primeur de ses découvertes.

Le Vif/L’Express : Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis l’assassinat de Rwagasore. Comment se fait-il que la piste d’une responsabilité belge n’ait pas été explorée ?

Ludo De Witte : Les autorités de tutelle et, après l’indépendance, le gouvernement burundais lui-même, très dépendant de l’aide au développement belge, n’ont pas voulu embarrasser Bruxelles. Aujourd’hui, les documents dont j’ai retrouvé la trace révèlent sans ambiguïté que des fonctionnaires belges hauts placés ont joué un rôle dans l’assassinat.

Que contiennent les dossiers dont vous avez pris copie ?

Il s’agit de télex et de lettres échangés entre James Murray, l’ambassadeur anglais à Bujumbura, et le Foreign Office, sa hiérarchie à Londres. J’ai retrouvé aussi un rapport du parquet de Bruxelles, jamais rendu public. Ce rapport évoque la réunion du 21 septembre 1961, au cours de laquelle le résident Regnier, chef de la tutelle, a évoqué à plusieurs reprises la nécessité de tuer Rwagasore et a même ajouté qu’ « une fois le travail accompli, le lac [Tanganyika] n’était pas loin ». Regnier savait, assurent des participants à la réunion, que ses propos seraient rapportés à Ntidendereza, le chef du PDC. Selon l’ambassadeur Murray, le PDC avait donc toutes les raisons de déduire des paroles de Regnier que la tutelle belge couvrirait l’élimination du prince.

Murray fait part au Foreign Office d’un entretien qu’il a eu avec Raymond Charles, procureur du roi à Bruxelles.

Ce magistrat est présent à Bujumbura en janvier 1963. Il tente d’arracher une mesure de clémence en faveur des complices, probablement sur demande du roi Baudouin. Vaine démarche. Lors de ce séjour, le procureur belge confie au diplomate britannique qu’après ses interrogatoires de juin 1962, il a conclu à « la responsabilité morale d’au moins un représentant belge dans l’assassinat. » Charles estimait que Kageorgis ne devait pas être exécuté, avis qu’il a transmis au Premier ministre belge Théo Lefèvre. Mais le procureur « a été informé que son avis n’avait pas été retenu, et cela pour des raisons politiques », rapporte Murray. L’ambassadeur a compris qu’un accord implicite avait été conclu entre Bruxelles et Bujumbura : les Belges ne seraient pas mis en cause dans l’affaire, mais ils devraient, en contrepartie, laisser les autorités burundaises apaiser leur opinion, qui réclamait la mort de tous les condamnés. Lors du second procès, les avocats de la défense ont voulu faire auditionner Regnier, l’ancien résident rentré en Belgique. Mais Etienne Davignon, attaché au cabinet Spaak, a fait savoir que Regnier risquait fort d’être inculpé s’il se rendait au Burundi pour témoigner.

L’affaire Rwagasore va-t-elle refaire surface après ces découvertes ?

Le crime est largement élucidé, mais il reste à retourner la dernière pierre. L’ensemble des échanges diplomatiques de l’époque et le dossier judiciaire doivent être rendus publics. Négligence ou acte délibéré, il manque de nombreux documents dans les archives belges. Davignon, ex-bras droit de Spaak très présent au Burundi à l’époque des faits, avoue sans détour aujourd’hui que « tout le dossier Rwagasore n’est pas accessible ». Il reste à déterminer à quel point la tutelle belge se sentait soutenue, dans sa lutte contre Rwagasore, par les ministres belges concernés : Pierre Wigny, Harold d’Aspremont-Lynden, Paul-Henri Spaak. Le Burundi attend toujours la vérité sur une période-clé de son histoire.

(Version intégrale de cet article dans Le Vif/L’Express du 11 janvier 2013)

http://www.levif.be/info/actualite/belgique/assassinat-du-lumumba-burundais-des-documents-accablants-sur-le-role-de-la-belgique/article-4000231008902.htm

Assassinat de Lumumba: Etienne Davignon parmi les 10 Belges visés par la plainte de la famille:

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Entre 1961 et 1965, Etienne Davignon, l’ex-president du Groupe Bilderberg était l’Attaché, puis chef de cabinet du ministre belge des Affaires étrangères Paul-Henri Spaak. Il s’agissait à l’époque que la Belgique soutenait le mouvement de sécession au Katanga et la montée au pouvoir du dictateur Mobutu du Zaïre. En 1961, les services de renseignement belges ont assassinés le président indépendantiste Patrice Lumumba.

3 thoughts on “Assassinat du “Lumumba burundais”: le rôle de la Belgique

  1. Assassinat de Lumumba : un témoin belge parle après 50 ans

    22 juin 2013

    BELGIQUE – La chambre des mises doit maintenant revoir sa copie.
    Dans son édition de jeudi, Paris Match publie un long entretien avec Jacques Bartelous (89 ans), l’un des dix citoyens belges accusés par la famille de Patrice Lumumba d’être impliqué dans l’assassinat du leader congolais sommairement exécuté au Katanga le 17 janvier 1961.

    A l’époque des faits, cet ancien magistrat dinantais exerçait les fonctions de chef de cabinet de Moïse Tshombé, le président du Katanga sécessionniste. Visé par la plainte déposée entre les mains d’un juge d’instruction bruxellois en 2011 par le fils aîné de Patrice Lumumba, Jacques Bartelous livre pour la première fois publiquement son témoignage après 50 ans de silence.

    Il se défend d’avoir pris part d’une quelconque manière à l’assassinat de la figure de proue de l’indépendance congolaise et explique avoir, au contraire, tenté vainement de convaincre Tshombé de ne pas accepter le transfert de Lumumba au Katanga, convaincu qu’il serait alors promis à une mort certaine. Il rapporte également à l’hebdomadaire le détail des événements qui ont précipité la fin du premier chef de gouvernement démocratiquement élu du Congo. Il fait notamment état de la pression que certaines autorités belges de l’époque ont voulu exercer sur Tshombé pour qu’il donne son feu vert à la venue de Lumumba à Elisabethville où, pourtant, aucun doute ne planait sur son sort funeste. Il épingle également le fait que durant les huit jours qui ont suivi l’assassinat, Bruxelles s’est faussement inquiété de la bonne santé de Lumumba, sans toutefois ignorer qu’il avait été exécuté.

    Le conseil de Jacques Bartelous, Me Dominique Remy, a fait casser partiellement l’arrêt de la chambre des mises en accusation de Bruxelles qui ordonnait la poursuite de l’instruction d’un dossier dans lequel personne n’est encore inculpé. En effet, la cour de Cassation a reconnu l’existence d’un privilège de juridiction au bénéfice du seul Jacques Bartelous, en raison de sa qualité de magistrat émérite. La chambre des mises doit maintenant revoir sa copie.

    http://www.lalibre.be/actu/belgique/assassinat-de-lumumba-un-temoin-belge-parle-apres-50-ans-51c30fa03570562eb881cedb

  2. La Grande-Bretagne mêlée à l’assassinat de Lumumba?

    20 juin 2013

    En pleine guerre froide, l’ombre de la CIA a plané sur l’opération.

    Le service de renseignement britannique MI6 a joué un rôle dans l’assassinat du premier Premier ministre du Congo indépendant, Patrice Emery Lumumba, en janvier 1961, a révélé un Lord, David Edward Lea, dans un courrier des lecteurs de la ‘London Review of Books’ (LRB) resté presque inaperçu, selon un journal indien ‘The Hindu’.

    Ce lord fait état d’une conversation avec l’ex-première secrétaire de l’ambassade britannique à Léopoldville (actuellement Kinshasa), de 1959 à 1961, Daphne Park – une fonction liée à celle de poste du MI6 au Congo durant cette période entourant l’indépendance de l’ex-colonie belge. “Nous avions (quelque chose à voir avec l’enlèvement de Patrice Lumumba). Je l’ai organisé”, a affirmé Mme Park à ce parlementaire avec lequel elle prenait le thé.

    Selon Lord Lea, l’ancienne diplomate-espionne a expliqué que si l’Occident n’intervenait pas, Lumumba aurait remis les riches ressources minérales du Congo (devenu la République démocratique du Congo) “aux Russes” (l’Union soviétique en fait).

    Interrogé par ‘The Hindu’, Lord Lea a confirmé le contenu de sa lettre à la LRB, précisant que la conversation avec Mme Park – entre-temps devenue baronne Park of Monmouth – a eu lieu quelques mois avant sa mort en 2010. “C’est la conversation que j’ai eue avec elle et c’est ce qu’elle m’a raconté. Je n’ai rien à ajouter”, a-t-il précisé.

    Premier chef du gouvernement congolais après l’indépendance, de juin à septembre 1960, Patrice Lumumba avait été révoqué par le président Joseph Kasa-Vubu.

    Après la prise du pouvoir par Joseph-Désiré Mobutu, mi-septembre, Lumumba a été fait prisonnier puis transféré au Katanga (sud-est), région minière qui avait fait sécession avec le soutien de la Belgique. Il y a été assassiné, le 17 janvier 1961.

    En pleine guerre froide, l’ombre de la CIA a plané sur l’opération. En 2001 une commission d’enquête parlementaire belge a conclu à la “responsabilité morale” de la Belgique qui a présenté ses excuses au Congo.

    http://www.lalibre.be/actu/international/la-grande-bretagne-melee-a-l-assassinat-de-lumumba-51b8fb35e4b0de6db9ca277d

  3. décembre 13, 2012

    ‘Belgique : Le parquet fédéral autorisé à enquêter sur l’assassinat de Lumumba’

    Le parquet fédéral peut ouvrir une enquête judiciaire sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais Patrice Lumumba en 1961. Cette décision a été rendue par la chambre des mises en accusation de Bruxelles. Selon celle-ci, l’ancienne colonie belge était à cette époque confrontée à un conflit armé et l’assassinat de l’ancien Premier ministre du Congo pourrait constituer un crime de guerre.

    Des fils de feu Patrice Lumumba ont porté plainte au parquet fédéral en Belgique avec constitution de partie civile, contre une douzaine de survivants, des policiers, des politiciens et des fonctionnaires. Parmi ceux-ci, seulement huit vivent encore. L’un d’eux serait Jacques Brassinne, diplomate belge au Katanga en 1961. Les autres noms qui apparaissent sont ceux d’Etienne Davignon, alors jeune diplomate, et Charles Huyghé, à l’époque chef de cabinet du ministre de la Défense katangais.

    Avant que le parquet fédéral ne puisse ouvrir une enquête, on devait déterminer si les juridictions belges étaient compétentes. S’estimant compétent, le parquet fédéral s’est basé sur la loi de la compétence universelle de 1993, qui autorise la justice belge à engager des poursuites dans le cadre de crimes de guerre, crimes contre l’humanité ou crimes de génocide commis hors du territoire belge. Les plaignants ou les prévenus doivent toutefois avoir un lien avec la Belgique, ce qui est le cas ici.

    La chambre des mises a donné raison au parquet fédéral et a jugé que l’assassinat de Lumumba pourrait être un crime de guerre et qu’une enquête pouvait être menée dès lors en Belgique.

    Source: 7/7.be

    http://oeildafrique.com/le-parquet-federal-autorise-a-enqueter-sur-lassassinat-de-lumumba/

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