François Mauriac: à Jean Cocteau

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Sous des cheveux trop lourds, figure étroite et mate,

Votre sourire est mystérieux et cruel…

Vos doigts laissent aux doigts une odeur d’aromate

Je sens que votre bouche a l’odeur du bétel…

La joie ou la douleur de vivre surabonde

En vos yeux adorés, enviés, décriés…

Apre et doux petit dieu, vous allez par le monde,

Toute la vie en vous reflue – et vous criez!

Vous allez, bel oiseau, sans jamais atterir,

Renversant votre cou tiède et doux de colombe,

Et criant aux désirs assaillants: je succombe!

Un Dieu, pour vous, peut-être, oublia de mourir…

Adolescence libertine et caressée,

Forme suave, grave et fine de l’Amour,

Que de femmes vont appeler dans ce soir lourd

Les irritants baisers de vos lèvres gercées…

François Mauriac

6 mars 1911

(Photo: Jean Cocteau)

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